S’AUTORISER À ÊTRE SOI-MÊME OU FAIRE PLAISIR ? LE CYCLE DE LA DÉPENDANCE #selfleadership

S’AUTORISER À ÊTRE SOI-MÊME OU FAIRE PLAISIR ? LE CYCLE DE LA DÉPENDANCE #selfleadership

LA POSTURE FACE À UNE FIGURE D’AUTORITÉ ET LE CYCLE DE LA DÉPENDANCE

 

Le passage psychologique de l’état d’enfant dépendant à l’état d’adulte autonome est théoriquement réalisé à travers un processus évolutif que nous vivons de manière répétée tout au long de notre existence. Nous serons en effet amenés à revivre ce même processus avec nos relations, avec des personnes ou des organisations qui représentent pour nous une autorité, quelle que soit sa forme.

 

Dans les années 1970, Katherine SYMOR [1] analyste transactionnelle américaine, a modélisé un « cycle de la dépendance » permettant le développement de l’autonomie. Il existe 4 phases dans ce processus : la dépendance, la contre-dépendance, l’indépendance puis l’interdépendance.

 

La description de ces différents stades de développement de l’autonomie peut permettre de redécouvrir des schémas inconscients et de prendre conscience des motivations qui sont sous-jacentes à nos désirs et à nos besoins profonds. Parallèlement, la prise de conscience de nos zones de vulnérabilité, des émotions qui y sont associées, mise en rapport avec la compréhension de ce « cycle de la dépendance », permet de rentrer en introspection avec nous-même. Cela permet d’ouvrir une réflexion avec notre conscience pour nous permettre de redéfinir nos choix, d’identifier ce qui peut évoluer dans nos comportements et enfin d’accéder à la 4ème phase du cycle : l’autonomie véritable.

 

Et vous ? A quelle place vous situez-vous dans le cycle évolutif ? Avoir la capacité de le percevoir c’est pouvoir orienter ses pas vers l’expression du principe d’évolution de votre individualité. L’art de cet apprentissage ressemble à une danse spontanée qui répond à un appel de votre nature profonde et celle de la puissante envie de déployer vos ailes vers une pleine autonomie. Un état de joie et d’épanouissement de l’être dans la fusion de l’unicité du « Je » et du « nous » .

 

Les applications sont évidemment adaptées à tous les contextes de la vie. Du développement des enfants, des grandes étapes de la vie courante jusqu’au fonctionnement des équipes, des communautés d’individus et des organisations.

 

QU’EST-CE QUE L’AUTONOMIE

 

L’autonomie est comme un détonateur intérieur d’apprentissage qui est ancrée dans la conception évolutive des êtres humains. Donner corps à la valorisation de sa liberté individuelle revient à activer le programme d’auto-apprentissage de notre autonomie pour aller chercher un équilibre entre individualisation et épanouissement au sein d’un collectif.

 

Il convient de rappeler la signification du terme « autonomie », car il existe différentes interprétations possibles. Dans notre conscient collectif, l’autonomie est souvent assimilée à la notion de se débrouiller par soi-même et de ne pas être dépendant d’une personne extérieure. Au sens général, l’autonomie désigne la capacité d’un individu à se gouverner soi-même en se donnant ses propres règles de conduite. Du grec autos : soi-même et nomos : loi, règle.

 

En philosophie morale, l’autonomie est synonyme de liberté, elle se caractérise par la capacité à choisir de son propre chef sans se laisser dominer par certaines tendances naturelles ou collectives, ni se laisser dominer par une autorité extérieure. Enfin au niveau médical, l’autonomie renvoie notamment à la liberté de choix du patient. Être autonome évoque en un sens, le besoin de chaque être de devenir, de faire des choix pour son propre chemin de vie, de jouir de son libre arbitre et d’en porter pleinement la responsabilité [2].

 

 

CYCLE DE LA DÉPENDANCE

 

 

Le cycle de la dépendance contient 4 phases de développement pour accéder à une autonomie par rapport à une figure d’autorité. Il peut être assimilé au cycle de vie du papillon ; un exemple parfait de métamorphose.

Chaque étape est un passage, un parcours initiatique, un deuil du connu pour aller vers l’inconnu, un processus naturel et structuré.

 

1.     Phase de dépendance

 

Cette phase de dépendance est caractérisée par la présence d’une demande implicite ou explicite. L’individu est dépendant d’une autorité de quelqu’un ou de quelque chose.

 

La manifestation de la dépendance ou un comportement traduisant une dépendance, selon le chercheur et psychologue américain Gregory L. JANTZ, (fondateur du Center for Counselling and Health Ressources à Washington), se caractérise par les éléments en rapport à une dépendance affective :

 

  • Avoir du mal à prendre des décisions sans conseil ni validation d’un tiers, voire attendre que l’autre prenne des décisions à sa place.
  • Compter sur d’autres (conjoint, famille, amis) pour assumer les responsabilités dans les domaines importants de sa vie.
  • Craindre et éviter tout désaccord avec son interlocuteur (peur des conflits, d’être rejeté, exclu).
  • Avoir du mal à démarrer des projets ou à faire les choses par soi-même.
  • Se sentir anxieux ou complètement détendu quand on est seul, à la pensée de l’être.
  • Se rendre spontanément responsable de ce qui ne va pas (dans le domaine privé ou professionnel).
  • Se sentir dans l’obligation de satisfaire les demandes et besoins d’autrui.
  • Avoir besoin de l’approbation et du réconfort des autres.
  • Être incapable de poser et de défendre ses propres limites.

 

Dès lors, la principale préoccupation est de se faire accepter par un individu ou au sein d’un collectif. De fait, l’individu est prêt à occulter une grande partie de lui-même pour permettre pour se sentir inclus. Il ne sait pas dire « non » ou a du mal à l’exprimer. L’individu existe dans le prolongement du désir de l’autorité.

 

La dépendance est d’une certaine manière une soumission à l’autre. L’autorité prend la responsabilité de nos choix, décisions, actions. Également, le stade ou l’individu veut faire plaisir aux autres. Un comportement où l’on est amené à faire passer les besoins des autres avant nos propres besoins. Les psychologues qualifient cette façon de faire « d’assujettissement ou l’oubli de soi » l’assujetti manifeste un intérêt excessif à satisfaire les besoins des autres au détriment des siens[3]. Répondre aux besoins des autres ou aller dans le sens des attentes des autres et laisser vos besoins et vos satisfactions en arrière-plan se traduit par une quête perpétuelle de reconnaissance et souvent une difficulté de trouver sa place ou à donner un sens à son existence.

 

De cette expérience avec l’oubli de soi, dans l’inertie, émerge l’envie et le besoin d’une remise en question, d’évoluer, de croître vers la conscience de soi.

 

L’individu quitte alors progressivement cet état de dépendance et est prêt à faire le deuil d’une certaine sécurité pour prendre le chemin de la connaissance du « Je » en testant l’opposition de la dépendance, c’est-à-dire la contre dépendance.

 

 

2.     Phase de contre dépendance

 

 

Cette phase de contre dépendance est caractérisée par la remise en question de ce que l’on a appris au cours de la phase de dépendance. Nous sommes amenés à sortir de l’état de dépendance par le passage d’un positionnement d’opposition, un processus de détachement, de vouloir prendre sa place dans notre unité et plus dans la projection du regard des autres. Les règles et directives de cette autorité sont décortiquées pour les transposer dans un regard différent, dans une lutte, une énergie guerrière pour aller chercher les forces d’expression de l’affirmation de soi. Une démarche vers une nouvelle identité, une recherche d’autonomie pour trouver sa propre vérité.

 

Dès lors, l’individu veut exister pour lui-même. Il se coupe des désirs et des projections de l’autorité pour pouvoir ressentir ses propres désirs. Une phase de recherche de l’individualité caractérisée par l’égoïsme et les émotions exacerbées. Une communication difficile entre les parties en relation qui se caractérise par du conflit, de la rébellion, de la colère, de la critique ou du jugement envers des conditionnements reçus. C’est la phase d’apprentissage de dire non et de tester les limites inculquées en rejetant les béquilles de l’autorité. Un juste reflet du combat intérieur pour s’ouvrir à soi-même. Un juste reflet du combat intérieur avec des hésitations maladroites assimilées à des premiers pas dans un espace inconnu et des doutes qui envahissent l’être mais qui va permettre l’ouverture au « moi » et à l’image de ce qu’il ressent être sous l’égide de sa propre autorité.

 

Après le passage de cette tempête intérieure et extérieure, l’individu progressivement se libère du conflit et de son ancienne peau. Le « guerrier » rend les armes et revient dans un état de calme pour entrer dans la phase de in-dépendance, (un-dépendance, unicité avec soi).

 

 

 3.     Phase d’indépendance

 

La phase d’indépendance est la suite de l’apaisement d’un combat intérieur qui se caractérise par un état de non-dépendance, exister en tant qu’individu dans son l’individualité. Voler de ses propres ailes avec ses valeurs, sa singularité, ses choix et décisions. S’approprier ses propres apprentissages et expériences dans sa propre réalité de vie. Une phase de gestation avec soi-même, l’accès à un esprit de recherche. Un processus d’involution, le deuil d’une certaine sécurité pour prendre le chemin de la reconnaissance du « JE », dans une masse sociétale ou chacun doit trouver sa place dans l’adversité et le devoir de prendre soin de soi, de se protéger des autres, trouver un confort dans l’inconfort d’un climat d’insécurité.

 

L’individu dans son indépendance s’enferme alors, pour un temps du moins, dans la recherche de son intérêt personnel, la naissance d’un certain « égoïsme » tel que mis en forme par le contexte sociétal pour pouvoir survivre. Il adopte et se construit des masques d’apparences dans le but d’être accepté par les autres. C’est alors la naissance de plusieurs apparences en fonction de ce que les autres veulent qu’il soit. Une forme d’autonomie illusoire emprisonnée dans des dépendances à l’autre.

 

Lors de cette phase, certaines personnes vivent une forme de conformisme et de « sacrifice de leur identité ». Elles ont construit des murs psychologiques qui les enferment dans des conditionnements, des contraintes qui peu à peu asphyxient leur liberté de penser pour être soumises à des volontés ou courants de pensées extérieurs. L’expression du « JE » est limité par les peurs, les craintes de ce que les autres pensent par leurs jugements, par leurs critiques et leurs évaluations. L’individu s’exprime alors dans une dimension « du faire plaisir » à l’autre pour être apprécié, aimé ou accepté et oublie ses propres aspirations, besoins, désirs.

 

Parfois, il s’avère que l’individu reste dans cette étape toute sa vie si le positionnement de son existence au sein d’un groupe est sous l’influence et le conditionnement du regard de l’autre. En revanche, s’il en prend conscience, progressivement l’individu va réussir à dépasser ses peurs et ses anciennes croyances pour croître et se mouvoir vers le stade de l’inter-dépendance.

 

 

4.     Phase d’inter-dépendance

 

Cette phase termine le processus d’accès à l’autonomie véritable, une phase de libération du soi, le passage du « JE » au « NOUS » dans sa pleine puissance. Le passage d’un état à un autre ; la métamorphose. Les masques construits en phase d’indépendance limitée se déconstruisent, c’est le temps de l’abolition à ce qui nous limite pour laisser la place à du neuf. L’individu s’accepte tel qu’il est, dans son authenticité, sa spontanéité et sa vérité. Il se dédouane des regards extérieurs, il s’épanouit en dépassant la stagnation pour faire naître l’élan du désir du cœur, un élan libérateur et créateur. Il grandit en exprimant ce qu’il est au plus profond de son être et dans une nouvelle logique d’action basée sur ses émotions, ses aspirations profondes, et ses intentions de vie.

 

 

ALLER PLUS LOIN DANS L’AUTONOMIE

 

Une fois que l’individu a pu s’émanciper positivement d’une relation dans le cadre de laquelle il s’empêchait d’être lui-même, une nouvelle aventure commence. Il est temps pour lui de devenir pleinement conscient de ses talents, de ses dons et de ses capacités pour les mettre à son service ou au service d’un collectif. Un mouvement vers l’acceptation de soi et l’acceptation de l’autre, avec ses différences et ses singularités. L’individu trouve peu à peu sa juste place axée dans un intérêt supérieur, celui du bien commun et de l’intérêt mutuel.

 

Cette nouvelle étape lui permet de reprendre en main son « JE » le plus complet. « JE » fais des choix en direction d’intention claire, « JE » sais ce que je veux et « JE » sais où je veux aller. « JE » suis pour un enrichissement mutuel, « JE » partage mes expériences. « JE » me libère de mes peurs et de mes craintes, de mes doutes, de ne pas être à la hauteur, de décevoir, de perdre, de ne pas réussir. « JE » choisi de cheminer et j’accepte de pouvoir avoir des choses à améliorer, de grandir encore et toujours au contact des autres. Cette nouvelle étape l’amènera à réinterroger ce qu’il est et ce qu’il souhaite être. Au cours de sa vie, il sera évidemment de nouveau confronté à des relations qui le ramèneront à des phases antérieures. C’est en cheminant à travers ce parcours initiatique qu’il pourra peu à peu développer son autonomie la plus complète, quasiment stable en toutes circonstances.

 

 

CHEMINER GRACE AUX ÉMOTIONS ET FAIRE PLAISIR AUTREMENT

 

Chacune des phases du cycle de la dépendance réclame de faire le deuil de son « SOI » passé. L’individu passe donc par les différentes étapes émotionnelles de la courbe du deuil ou du changement, théorisée par le Docteur et Psychologue Elisabeth KÜBLER ROSS [4]. Pour cheminer, il lui faudra laisser une grande place à ses sentiments, ses ressentis et ses émotions. Accepter de vivre sa fragilité et de s’ouvrir à lui-même et aux autres comme jamais auparavant. C’est ce processus émotionnel qui lui permettra peu à peu de se libérer des anciens schémas de pensées, de ses habitudes, de ses conditionnements, de ses croyances sociales et culturelles.

 

Laisser la place aux émotions, apprendre à mettre sous silence la musique du mental, l’esprit rationnel pour entendre la musique de l’intelligence du cœur, est une expérience unique. S’autoriser à être vraiment soi-même est pourtant un luxe accessible à tous. Quant à la notion de plaisir, finalement quoi de plus beau que de faire plaisir en toute conscience ? Cela permet d’une part de faire plaisir sans nourrir l’égo d’autrui et d’autre part d’être réellement à l’écoute de l’autre, de voir au-delà des jeux d’autorités et des manipulations psychologiques inconscientes les plus répandues.

 

 

Article co-écrit par Laetitia VILLAUME et Selim SAADI. Pour aller plus loin, vous pouvez lire cet article au sujet du changement continu : savez-vous vraiment changer ? et nous contacter, ici.

 

Laetitia VILLAUME accompagne les individus et les organisations au Luxembourg et en France sur les sujets de la trans-mutation des systèmes et du développement de la créativité et de l’innovation intégrale. Elle bénéficie d’une longue expérience de terrain dans des rôles de direction financière, de management et de transformation globales dans plusieurs secteurs d’activité.

 

Selim SAADI est Dirigeant de www.napeca.com (NAPE Culture & Agility), il a accompagné plus de 500 top-managers (Google, Engie, Norauto, Bertrandt, BDO, PMI France) et dirigeants dans la transformation de leurs postures et comportements managériaux, la redéfinition des modèles de gouvernance et de leadership au sein de leurs organisations.

 

 

[1] Katherine SYMOR, « l’interdépendance authentique repose sur la conscience des différences et des inégalités, jointe à un sens profond des options et de l’autonomie » dans SYMOR, N.K., Le cycle de la dépendance.

 

[2] Etude sur les besoins fondamentaux de l’être humain, « Théorie de l’autodétermination » des psychologues américains Edward DECI et Richard RYAN, ROCHESTER UNIVERSITY.

 

[3] L’ASSUJETTI OU L’OUBLI DE SOI – Le chemin pour se retrouver – Thierry Gaubert.

 

[4] La courbe du deuil ou du changement de la Psychologue et Docteur Elisabeth KÜBLER ROSS.

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